Une École pour Changer le Destin des Paysans de Kenscoff

Mis à jour : 17 déc. 2020

Ce n'est qu'en 2010 que la section communale Belot (Kenscoff) a vu s’ouvrir les portes de son premier et unique établissement scolaire. Cette initiative d'un mécanicien et pasteur a permis à des milliers d'enfants de bénéficier du pain de l’instruction quasi gratuitement.

Des écoliers de l'Institution Mixte de la Nouvelle Naissance (Kenscoff) se mettent en rang pour la montée du drapeau. Photo: Estaïlove St Val

Il est huit heures du matin. Les brouillards se dégagent dans le ciel de Kenscoff. La pluie tombée la veille a rendu la route à peine carrossable menant à la localité de Belot presqu’impraticable. Au fond d'un vaste terrain rougeâtre, des dizaines d’enfants en uniforme rouge tomette se rassemblent. Certains recouverts de chandail à manches longues, d'autres bottés, ils accourent de toute part pour rejoindre le rang afin de ne pas manquer la Dessalinienne et le Notre Père, un rituel sacré à l'Institution Mixte de la Nouvelle Naissance.


Une école née d'une ‘’bonne foi’’

À l'origine de cette école: Réginald Constant, un pasteur qui a ressenti le besoin de prêcher “la bonne nouvelle’’ chaque dimanche à Belot. Originaire de la Croix-des-Bouquets, il a fini par s'installer définitivement dans la zone par obligations maritales et développer des contacts plus étroits avec les quelque trois milles habitants. “Je n'ai jamais vu autant de gens si éloignés du monde éducatif”, se souvient M. Constant. “Adultes comme enfants, ils ne savaient ni lire ni écrire.”


Environ quatre personnes sur dix sont encore analphabètes en Haïti, selon l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture). Pour M. Constant, il était clair qu’il était le mieux placé pour combattre ce fléau a Belot. “J'ai ressenti la nécessité de les aider à pouvoir non seulement lire la Bible mais aussi d'autres livres qui pourront les amener à changer leur condition de vie”, dit-il.


De la parole aux actes, M. Constant a démarré le projet de construire une école élémentaire à Belot en 2009. Pour financer les dépenses encourues dans la construction de l'école, il a consenti de vendre son terrain à Lilavois et utiliser une partie des profits découlant de son atelier de mécanique automobile. Peu de temps après, c'est une amie canadienne qui lui ouvrira les portes vers les aides internationales arrivant par saison, sans engagement sur le long terme.


Alors qu'environ cinq milles écoles se sont retrouvées détruites ou endommagées sous les effets du séisme qui a frappé le pays en 2010, cette même année les habitants de Belot ont vu s'ériger dans la zone un bâtiment ou flotte un drapeau aux couleurs de la patrie. C’est une école, l’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance, qui fait le pari ambitieux d’offrir un nouveau destin aux enfants de la communauté.

“J'ai ressenti la nécessité de les aider à pouvoir non seulement lire la Bible mais aussi d'autres livres qui pourront les amener à changer leur condition de vie.” Reginald Constant
Reginald Constant, pasteur et mecanicien, a fondé L’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance à Belot (kenscoff) en 2010. Photo: Estaïlove St Val

Nourrir l'esprit et le corps

Depuis, sur les bancs de ce modeste établissement scolaire se retrouvent environs 200 enfants chaque année qui n’ont dorénavant pas à parcourir des kilomètres pour trouver le pain de l'instruction ailleurs. Certains commencent l’apprentissage dès l'âge de trois ou quatre ans.


L’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance ne dessert pas que les habitants de Belot mais accueille des enfants venant de plusieurs sections communales avoisinantes dont Docy, Au silence, Nan Christophe. M. Constant a bien compris que l’homme ne vivra pas de pain seulement; il parvient aussi à offrir aux écoliers des kits scolaires à la rentrée en plus d'un plat chaud trois fois par semaine. Les parents n’apportent qu’une maigre contribution de deux mille gourdes pour l'année.


Dans une localité où toute la vie tourne autour de l'agriculture et le commerce, les professeurs sont une denrée très rare. Mais M. Constant a prévu un plan pour la situation: tous les matins il démarre son pick-up pour aller prendre des enseignants habitant à Fermathe, Thomassin et Kenscoff, les conduire à l'école, puis retourne les déposer après les heures de classe.


Les oubliés des politiques

Le gouvernement Haitien a prévu de dépenser un budget de 29,1 milliards de gourdes pour l'éducation au cours de l'année fiscale 2020-2021. Comme pour les précédents budgets, les écoliers de l’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance ne sont pas concernés par ces sommes. C’est aussi le cas de nombreuses autres écoles en milieu rural qui sont les grands oubliés des politiques éducatives. Pourtant, la Constitution de 1987 fait de l'éducation un droit que l’Etat doit garantir.

L’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance accueille environs 200 enfants par année. Photo: Estaïlove St Val

“Les politiciens viennent toujours nous courtiser à chaque période d'élection et promettent d'apporter une aide à l'école’’, se souvient M. Constant. “Mais une fois élus, les promesses sont jetées aux oubliettes’’. Les millions injectés dans le programme d'éducation gratuite, un des axes prioritaires du quinquennat du président Michel Martelly, ont permis à plusieurs écoles privées de se procurer du matériel scolaire et de couvrir le salaire des professeurs, mais ce programme n’a pas fait long feu et les résultats restent peu visibles sur le long terme.


Une ambition limitée

La réalisation de l’ambition de l’Institution Mixte de la Nouvelle Naissance est donc limitée par le manque de ressources. “On souhaite implanter une bibliothèque au sein de l'établissement, mais on n'a pas les livres”, regrette Mirlande Frédéric, la directrice administrative qui déclare n'avoir jamais reçu de subvention de l'Etat.


La formation scolaire ne dépasse pas la sixième année fondamentale à l'Institution Mixte de la Nouvelle Naissance. C’est ce qui a poussé le fils aîné de M. Agenor Agenor Séraphin à rentrer à Pétion-Ville pour poursuivre ses études secondaires. S’il ne paie pas de loyer chez la tante qui accepte de l’héberger gratuitement, son père a l’obligation de fournir des provisions agricoles régulièrement. M. Seraphin, même en se lamentant de ses nouvelles obligations financières, ne manque pas d'exprimer sa gratitude face à l'oeuvre de M. Constant: "... mais en dépit de tout, on est satisfait d'avoir ce sauveur de cité à Belot."




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